« Attache-moi », dit-elle. J’ai 30 ans, mon amie d’alors a envie de pimenter nos jeux érotiques. C’est bon le piment. Premiers jeux de liens, un goût connut dans la bouche, presque un goût de madeleines.

Flash-back. J'ai 7 ans, je viens d’attacher ma copine de classe à un pied de la table qui soutient mon train électrique. Il ne faut pas laisser les enfants regarder des films de cow-boy et d’Indiens.

Les jeux de liens deviennent plus complexes, s’enrichissent d’autres accessoires, des pinces à linge, un martinet acheté chez le droguiste du coin. C’est parti, le doigt est mis dans l’engrenage du BDSM.

Histoire d’O a certes défrayé la chronique, mais ce n’est qu’une œuvre littéraire, aucunement un manuel BDSM. C’est en Robinson que nous explorons cette terre inconnue, de rares lectures pas de contact avec d’autres explorateurs, les clubs ont une réputation sulfureuse, les découvertes se font au petit bonheur la chance. Découverte de nouvelles sensations, de nouveaux désirs. Les jeux ne sont plus des jeux, c’est toute la relation qui se transforme. La magie du BDSM opère comme un fabuleux amplificateur de sentiments qui décuple le plaisir de chacun.

« Plus fort », dit-elle. J’ai 35 ans, la soumise qui porte mon collier depuis presque un an se rêve martyr, le malaise dans ma vie professionnelle, la relation qui dérape, je sur-compense en me prenant pour Dieu. Le faux pas, une énorme frayeur.

Une leçon magistrale, ne pas jouer au Maître quand on n’est plus maître ni de soi ni du jeu. On ne peut pas prendre l’autre en charge quand on n’est plus capable de gérer ses propres faiblesses. Le BDSM ne doit être ni un exutoire ni une fuite en avant sinon danger. Le BDSM est un fabuleux amplificateur de sentiments … qu’ils soient positifs ou destructeurs.

On arrête tout ! Fin du premier épisode.

Dix ans à trouver un équilibre professionnel. 10 ans à acquérir un certain recul face à la vie. Dix ans « vanille » où à chaque fois manque un petit quelque chose. Quand on a goûté au piment, c’est fade la vanille

« On va à C&C ce soir, tu viens ». J’ai 45 ans, cela fait trois mois que je surfe sur les chats BDSM. Ce soir M. une soumise avec qui je discute me propose de me joindre à son groupe d’amis. Rencontre avec des passionnés du fouet tel qu’il est pratiqué aux USA. Découverte de ces serpents magiques que sont les singletail.



Flash-back. J’ai 12 ans je rentre des États Unis dans ma valise un fouet acheté dans un magasin de souvenirs Cherokee. Des heures à essayer d’atteindre une cible avec et à surtout ravager ma chambre. Il ne faut pas laisser les enfants regarder les films de Zorro.


Le fouet devient vite une passion. Un premier flogger commandé chez Heartwood. Une soumise rencontrée sur un "chat". C’est reparti, cette fois c’est tout le bras qui est remis dans l’engrenage.

La mode s’est emparée du BDSM, les "chats" l’ont rendu accessible au plus grand nombre, on y côtoie des « phantasmeurs », des abrutis et des gens bien. Au fil des rencontres des amitiés se tissent des rencontres se font, autour d’un verre ou d’une croix de St André. C’est bien de pouvoir confronter ses idées avec d’autres, c’est bon de savoir que l’on a des amis à qui faire part de ses doutes. Ma vision du BDSM se modifie, ce n’est plus juste un amplificateur de sentiments, cela devient une dynamique de la relation.

« Je te rends mon collier ». J’ai 50 ans, c’est par mail que ma soumise me rend son collier. Cela faisait six mois que nous nous connaissions, elle avait voulu devenir ma soumise pour que, par les règles que je lui imposerai, je l’aide à restructurer sa vie. Elle n’en veut plus, seuls les moments SM et sexuels l’attirent. Les leçons du passé ont porté leurs fruits, j’ai mûri, je la perds, je ne me perds pas. Le BDSM c’est le plaisir de guider l’autre sur les chemins de la vie, le plaisir de recevoir l’autre comme le plus précieux des présents. Le BDSM c’est construire, on ne peut le réduire à une succession de séances, d’instants volés à la vie. C’est bon le piment, mais ce n’est qu’un condiment. Il doit magnifier toutes les saveurs, non les masquer.

Fin du deuxième épisode.

Le simple jeu érotique découvert il y a vingt ans est devenu au fil des ans une passion, un art de vie, pas question d’arrêter au contraire. Vivre sa passion c’est certes fabuleux, mais légèrement égoïste, en tout passionné se cache un prosélyte il suffit d’un déclic pour le révéler. Cette dernière rupture a été le déclic. C’est alors Psychée et Disciplus qui, pour mes 50 ans, m’offrent la mise en ligne de ce site auquel je pense depuis quelque temps, le site que j’aurais aimé trouver à mes débuts mais à cette époque Internet n’existait pas. C’est cette jeune femme, croisée sur un "chat", attirée par le BDSM qui n’en comprenant pas les sensations n’ose passer de l’autre côté de l’écran. Un soir elle me fait l’honneur de se jeter à l’eau sous ma conduite. C’est cet ami à qui j’enseigne les rudiments du maniement du singletail. Transmettre ses connaissances et communiquer sa passion, un nouveau territoire à défricher, de nouveaux plaisirs à découvrir. Ou plutôt redécouvrir des plaisirs proches de ceux que j’avais eus, il y a fort longtemps, à enseigner la voile à des adolescents, pas tant la technique que de leur transmettre ma passion de la mer. Ah ! Vous ne le saviez pas ? Mais Le Squale est aussi un animal marin, voire sous-marin, mais cela est une autre histoire comme disait Rudyard Kipling.

« Il était une fois une femme et un homme », je n’ai pas encore rencontré cette femme, je ne connais pas encore l’histoire, puisque cette histoire c’est à quatre mains que nous l’écrirons…

Mais je sais que le BDSM c’est, avant tout, l’histoire d’une femme et d’un homme assez fous/lucides pour oser marcher main dans la main jusqu’au bout de leurs rêves.


Mars 2005


Voilà deux ans qu’elle avait mis sa main dans la mienne. Nos doigts se sont déliés, nous ne marcherons plus main dans la main. …c'est la vie.

Mai 2008




17 Juin 2011 18h34 gare du Nord, parmi les derniers passagers à avancer sur le quai elle. Elle, croisée par hasard sur un forum quelques mois plus tôt. Depuis un mois les taquineries du début on fait place à des discussions plus sérieuses, ses doutes ses questionnements et progressivement à une envie de se rencontrer.

Premier weekend tourbillon, les doutes font places aux certitudes, les questions deviennent des réponses, nous prendrons la route ensemble.

16 Septembre, Berlin, où nous sommes pour une semaine de stage intensif de kinbaku, un collier dans une boutique fétish, regards qui se croisent, une évidence, celui-ci orne son cou depuis.

Fin novembre en burn-out professionnel elle vient s’installer pour une semaine à Paris, la semaine devient un mois, le mois un semestre.

Aujourd’hui nous fêterons notre premier anniversaire au milieu des cartons de son déménagement.

Elle est ma compagne soumise, je suis son hommaitre, elle n’a qu’une seule règle: me rendre heureux.


17 juin 2012